Dimanche 18 novembre 1917

A JIMA-JIMA depuis hier après 5 h. de marche. Sommes comme d’habitude, arrêtés faute de vivres: arrivés à l’étape, les porteurs repartent immédiatement 2-3 étapes en arrière pour ramener des vivres, travail excessif où les plus forts succomberont. Je profite moi-même de ces arrêts obligatoires pour ramener de l’arrière les malades que j’ai dû y laisser. N’ayant plus d’hôpital derrière moi, je traîne tout derrière moi ce qui donne assez bien de « tintonin »(?). Aujourd’hui même  les sentinelles me font des blessés chez les nôtres; je laisserai à notre départ mon infirmier ici avec tous les malades. Il rejoindra à LIWALE, d’où 6 jours environ de marche nous séparent.

MASSASSI est occupé par la cavalerie anglaise.

Vendredi 16 novembre 1917

LUSHIRA, à 4 h. de marche de Mg (MGANGIRA) d’où nous sommes partis ce matin. Dans le sable de ces plaines, la chaleur est atroce.

48 h. de diète lactée semble avoir eu raison de la diarrhée; malheureusement nous en voici de nouveau réduits à de l’eau infâme stationnant dans quelques trous de roche.

Presse: révolutionnaires au pouvoir à PETROGRAD, ils demandent la paix. Il semble claire comme l’eau de roche qu’il existe entre Allemands et Russes un accord secret, correspondant à la paix: résultat: voir offensive Italie.

Mesures à prendre: demander et exiger tous les prisonniers allemands et autrichiens de Russie, comme prisonniers garanties; les autres suivraient.

Mercredi 14 novembre 1917

A MGANGIRA depuis hier, sur rive S de LUEGU, qui fin de saison de pluie a certainement  2.000 m. de large; 400-500 m. en ce moment qu’on traverse à gué; les environs rappellent par leur aspect ceux de WALA; moins de gibier dirait-on quoi que traces variés abondent.

La guerre touche ici à sa fin: devant nous, TAFEL avec 100 blancs et 1.000 soldats tâche de rejoindre ceux du S. vers MASSASSI; aussi le pays semble abandonné; nous, III bataillon dont la base est à KILOSA en principe, sommes bien malheureux: faute de moyens de transport, rations, blancs et noirs sont réduits de moitié. Voilà une initiative bien audacieuse du commandant en chef!! Soit.

1 kg. de riz pour 2 jours pour les noirs; une c/(caisse?) de vivres pour 1 mois pour les blancs. Si encore cette c/(caisse?) arrivait!

La perspective de faire la liaison avec les troupes du commandant HERION de LIWALE nous promet bien des misères.

Je souffre de diarrhée aujourd’hui; la diète étant en ce moment un régime facile à suivre, j’espère en être bientôt quitte.

D’Italie: repli sur 75 km. de profondeur; 250.000 prisonniers; 2.500 canons; espérons que l’espace parcouru par la nouvelle a augmenté un peu les chiffres. Voilà en tout cas de quoi augmenter encore quelque peu la durée de cette guerre.

 

Lundi 12 novembre 1917

KABATI MTOTO(?) On cherche en vain son emplacement! Quelques maisons de blancs en ruine, quelques indigènes, les premiers qu’on a vu depuis KWA MPILI, car le pays est inculte et inhabité: c’est la savane pauvre, sans eau, surtout en cette saison où les lits de rivières sont à sec; ici de même d’ailleurs; on creuse des trous d’où filtre lentement une eau d’ailleurs très propre, sanitairement parlant, je crois qu’il serait à souhaiter qu’il en fut toujours ainsi.

Il vient d’arriver encore plus de 100 prisonniers boches. L’hôpital volant est à MAHENGE: je n’ai qu’à « tirer mon plan » avec mes malades! Or nous sommes peu nous risquons  d’avoir des blessés!

On a retrouvé cet après-midi l’emplacement des hôpitaux allemands, le médecin anglais est en train de faire l’inventaire du matériel et des médicaments pris; quoiqu’on y trouve des bandes faites d’écorces d’arbres, on est surpris de l’abondance relative.

J’y retrouve 2 blessés du XI faits prisonniers. Faute de cartouches les Allemands ont détruit une mitrailleuse et des fusils. 75 autres prisonniers blancs arrivent de KAHAMBA.

Fig. 83. Un trou est creusé pour trouver de l’eau.
Fig. 83. Un trou est creusé pour trouver de l’eau.

Dimanche 11 novembre 1917

Au « camp du canon » depuis hier. Nous sommes à 4 h. de KABATI. Ce que j’avais prévu arrive: le groupement ERMENS (2/III + 3/III + compagnie cyclistes) « pousse une pointe de reconnaissance offensive (?) » vers TAFEL144. Et dire que certains sont partis avec 4 porteurs sans linge de rechange presque! D’ailleurs il est question de réduire encore le nombre de porteurs des Européens; ils n’auront plus droit qu’à 1 ration pour leurs boys; femmes et enfants des porteurs sont renvoyés à l’arrivée. Tout cela pour nouer les 2 bouts et arriver au chiffre de 950 rationnaires imposés.

Le front italien serait fortement ébranlé sur une distance de 150 km!!

En Russie le grabuge continuerais.

Que nous réserve 1918 et 1919? Ne parlons pas encore de 1920!!

 

144 Commandant en chef de groupement allemand.

 

 

Fig. 82. Pas trop « jeune » pour apprendre.
Fig. 82. Pas trop « jeune » pour apprendre.