Vendredi 20 avril 1917

Ca y est, les Français attaquent! J’attends les c 7129 avec une impatience fébrile; je les connais par cœur; je fais de la « stratégie en chambre ». Je me console en pensant qu’au moins cette immense tragédie humaine -dont beaucoup de gens autour de moi, me semble-t-il, ne sentent ni la grandeur ni le tragique- ne me laissent pas indifférent.

Les Français attaquent en LORAINE et ALSACE; Il faudra attendre quelques jours avant d’en connaître la vraie signification. Oseraient-ils, comme les Allemands l’ont fait à VERDUN, attaquer le pivot de la ligne? Si telle est l’audace de l’état-major, il doit avoir mis sa confiance dans la mise en œuvre d’un matériel fantastique.

Les Anglais attaquent autour de LENS avec succès; avancent vers St QUENTIN. Replis allemand S St. QUENTIN; les Français sont devant St. GOBAIN. Les Belges ont pénétré dans 2-ième ligne à DIXMUIDE…

Ici… on se morfond…

Vaut-il la peine de dire que le major a reçu l’ordre de se préparer pour mettre sa colonne en marche? Vers où?

 

129 Communiqué de 7 heures.

Lundi 16 avril 1917

Canard! Ni St QUENTIN, ni CAMBRAI ne sont tombés! On se trouve là certainement en face d’une solide ligne et donc cette fois ci les conditions dans lesquelles nous l’attaquons ne sont plus du tout pareilles aux 1-ières. Le 12, les Anglais reportent la ligne d’attaque vers le Nord, vers ARRAS. Pourquoi? « En concordance avec le plan général » disent-ils. Je donne 3 jours aux Français (qui jusque maintenant n’ont joué qu’un rôle tout à fait secondaire) pour faire une grande attaque dans le Sud, probablement CHAMPAGNE.

En ce moment en tout cas, les Anglais semblent avoir une préoccupation: ne laisser le moindre répit à l’ennemi. Le 12 et 13 ils lui font 11.000 prisonniers, et on a tout lieu de croire que les 11.000 -chiffre fantastique pour 29 km d’attaque- y sont! Faisons le calcul proportionnel pour blessés et tués et on arrive à des chiffres quasi invraisemblables.

Reçu avec joie ce matin lettre de TURNHOUT du 6 décembre 1916.

 

Jeudi 12 avril 1917

Le « communiqué » est certainement attendu ici avec autant d’impatience que sur les grands boulevards de PARIS. Après CAMBRAI, St QUENTIN serait tombé! Que vont faire les boches maintenant?… Nous savons, par expérience, que une  fois  qu’un  soldat  a  « le feu au derrière »  c’est pour longtemps… D’ailleurs, plus que n’importe qui, le soldat allemand doit être las et souffrir du « heimwee ».

Si, comme on l’a prétendu, HINDENBURG est l’homme du front oriental, il doit vraiment en cuire au « grand bitchif » (terme congolais!) du G.E.M. allemand.

Mercredi 11 avril 1917

D’après ABERCORN, poste de TSF de RHODHESIE, CAMBRAI viendrait d’être pris par les Anglais. Superbe! Si c’est vrai!?

Notre poste de TSF reçoit ordinairement de KAREMA, qui reçoit lui-même d’ALBERTVILLE.

Le VI ième bataillon serait à KAREMA. Un autre bataillon serait descendu de GOTTDORP vers le sud.

Dimanche 8 avril 1917

Malaise complètement fini depuis hier; selles très bonnes.

J’abandonne aujourd’hui mon régime exclusif d’œufs, lait et riz.

Il se livre une formidable bataille pour St QUENTIN; jusqu’à maintenant les affaires prennent bonne tournure pour nous…

Cette activité là-bas, cette paresse ici, tout cela énerve un peu: que fait-on ici? Que se passe-t-il à l’YSER, où on brûle certainement d’impatience. Affligeant! Si cela doit durer jusqu’à ce que tout soit rentré dans le calme, la paix conclue. (Car il paraît que les Allemands en reparlent).

Du front russo-roumain, du front italien pas une ligne de nouvelles