Mardi 22 mai 1917

Je quitterai le V-ième bataillon demain. Un radio m’annonce l’arrivée du Dr VAN DIEST à bord du VENGEUR. Ma demande n’a donc pas eu de suites; saurons-nous pourquoi?

Voici 13 mois que je suis au bataillon et après le commandant, le plus ancien des officiers au bataillon. J’y connaissais, mieux que n’importe qui, chaque soldat, chaque femme, chaque enfant… Je suis bien peiné de m’en aller… Je ne puis m’empêcher de noter ce que j’entendais dire par un « jasse » à leur façon c’est à dire tout haut sans avoir l’air de vous parler -ce qu’ils n’osent pas toujours-  mais pour que vous l’entendiez quand même. « Ingie atajua kinfania saiva saiva ya we? Uapi! » « Un autre saura-t-il faire comme toi? Allons donc! » Et après… »Avec toi on ne mourrait pas!!! »

Je fais mes préparatifs de départ pour retourner à VUA, où je rejoindrai le commandant SVIHUS.

     Fig. 71. Vielle femme devant sa case.
Fig. 71. Vielle femme devant sa case.

Dimanche 20 mai 1917

Nous sommes toujours ici à KASANGA et peu à peu sur la colline qui domine le promontoire portant notre boma, un nouveau camp sort de la broussaille. Les jours passent, les semaines passent, les mois passent… et là-bas en Europe l’horrible boucherie continue.

Nous, nous regardons au crépuscule, les couchers de soleil sur le lac, incomparables.

Lundi 14 mai 1917

Toujours à KASANGA; de l’avant pas de nouvelles de l’ennemi; de l’arrière peu ou prou. On rebâtit un camp pour la X-ième fois. L’agent anglais nous fournit vivres frais: viande, légumes, oranges, beurre frais (un vrai régal!) le tout venant de la mission catholique de KALA.

Les Français, pendant leur offensive en Champagne – ils en auraient fait une d’ici et là?!- auraient fait 50 mille prisonniers. Est-ce nous qui ne restons pas au niveau de la situation? Possible, possible! N’empêche que nous trouvons les rédacteurs de communiqués de prestigieux jongleurs de chiffres. Quoi qu’il en soit la réalité semble être l’arrêt… Momentané?… Mais nous, embusqués que nous sommes, n’apprécions et ne qualifions pas. Attendons!

Lundi 7 mai 1917

Ouf! Il fait 38° degrés à l’ombre. Cela rappelle les environs de TABORA.

Nos porteurs ont malgré tout un moral épatant; jusque maintenant, ils n’ont encore ni tentes ni couvertures. La vie en commun et la vie d’aventures qu’ils mènent comme nous depuis 2 ans, leur ont certainement donné une mentalité spéciale.

Un peu de nouvelles d’Europe: le front se stabiliserait…(?)

Ici la campagne nouvelle s’annonce comme longue.

Fig. 70. Porteurs au village.
Fig. 70. Porteurs au village.

Dimanche 6 mai 1917

Nous voici à BISMARCKBURG depuis 3 jours. Les Anglais (marine) continuent à occuper une partie du boma, construction assez grande bâtie au bout d’un promontoire.

Les 300 Indiens se sont embarqués le jour même. Que nos troupes sont superbes a côté de ces lascars-là!

Défense de BISMARCKBURG organisée d’une façon dérisoire. Nous avons des aujourd’hui envoyé 2 pelotons (s/6)(?) à 8 j.(jours?) à l’intérieur; celui du N devant opérer liaison avec troupes de KAREMA; celui de g(auche?) avec général NORTHEY. Directives générales suivantes ont été données aux troupes belges: Les opérations se passent sous le haut commandement anglais, sans idée de conquête, simplement pour rendre un service indirect à la patrie belge. Les indigènes dépendent politiquement et diplomatiquement de l’autorité anglaise. Argent belge n’a pas cours. Bons de réquisition seront fait suivant modèle.

Quoiqu’on en dise, cela laisse l’impression d’une troupe à la solde de quelque « grands » Turcs vis à vis des Allemands! Militairement ne serait-ce pas le contraire?

Le major anglais, en tous cas, a laissé échapper ceci: « Maintenant que vous êtes ici, nous sommes tranquilles ».

J’ai demandé de pouvoir rester au V bataillon.