Vendredi 16 février 1917

Quoiqu’il eut pu être accablé, mon moral est relativement bon…

Il paraît que le bataillon est disloqué en trois détachements: 1 pour KONGOLO, 1 pour l’OUCLE(?), 1 pour KABINDA. Je ne demande des renseignements sur ma destination ni au commandant B.(AYERD) ni au Dr LYAME: je laisse faire… DALCQ, que je revois maintenant de temps en temps à l’hôpital des noirs de KIGOMA, compte rentrer en septembre, une fois ses deux ans terminés: il espère apprendre du nouveau d’un hôpital d’arrière en Europe; il trouve qu’il commence à s’encroûter… A moins de travailler du matin au soir, je ne conçois pas très bien maintenant la vie qu’on pourrait mener dans une petite ville quelconque de France.

            Fig. 67. Kigoma, Hôpital des noirs. Le docteur Martens et le docteur Dalcq.
Fig. 67. Kigoma, Hôpital des noirs. Le docteur Martens et le docteur Dalcq.

Lundi 12 février 1917

Il y a eu des ordres, contre ordres, re contre-ordres et ainsi de suite pour nous faire abandonner le CAP BOUGWE. Finalement nous sommes restés. Nous sommes absolument isolés et ne pouvons pas même évacuer nos malades. Le Dr STOUFFS est arrivé hier pour m’aider à assurer le service.

Le bataillon se disloque décidément ici. J’ignore ce qu’on compte faire de moi. Je ne suis pas désigné pour rester dans les territoires occupés.

Aux dernières nouvelles d’Europe, les Etats Unies d’Amérique auraient déclaré la guerre à l’Allemagne. Qu’est-ce que la diplomatie allemande peut bien encore avoir machiné? Concluons en tout cas à une prolongation de la guerre. En Belgique la misère sera encore un peu plus grande.

Depuis que nous sommes ici, je mange seul; j’habite une maison, quelque peu isolée, face au lac qui n’est pas bien loin. L’air marin donne de l’appétit. Je me complais dans la solitude et le calme. Que le spleen d’Afrique sera sombre là-bas, en Europe, où je serai peut être retourné dans quelques mois!

Mercredi 7 févier 1917

Nous voici installé au CAP BOUGWE à KIGOMA. Arrivés hier à la nuit. TABORA, qui sera aux Anglais le 19, évacue les choses les plus abracadabrantes et surcharge les trains où les compagnies ont eu bien mal à trouver de la place.

Le bataillon se disloque de plus en plus; GILLET, DAVU(?)124 et HANS… qui ont signé à long terme, passent au bataillon d’occupation. Les « engagés pour la durée de la guerre » reconduiront les compagnies dans leur district d’origine et ne pourront partir qu’après la publication de l’arrêté royal, annonçant la fin de la guerre…

Nous passons l’eau le 24 courant.

Le 4 de ce mois, j’ai envoyé un télégramme en Europe.

 

124 Médecin militaire.

Jeudi 1ier fevrier 1917

FANIEL est parti mardi pour ALBERTVILLE comme officier régulateur. LESERAMVAET(?)123 lui est parti aujourd’hui avec 60 réservistes pour le camp de LOKANDU; Le commandant SVIHUS passe au 1-ier régiment…c’est le commencement de la fin…

Le personnel d’installation est parti aujourd’hui pour KIGOMA.

 

123 Sous lieutenant regulateur Vième bataillon Brig. S.